Historique

En 1980, les musicologues France Malouin, Louise Bail-Milot, Irène Brisson et Odile Magnan, appelées à préparer l’émission radiophonique « Musique de Canadiens« , réalisent que les chercheurs qui s’intéressent à la musique du Québec se sentent isolés dans leur secteur de recherche et font face à une diffusion extrêmement limitée de l’information. Motivée à changer cette situation, Louise Bail-Milot en discute avec Mireille Gagné et Christiane Plamondon qu’elle rencontre souvent au Centre de musique canadienne à Montréal. La réaction ne tarde pas à venir lorsqu’elles s’exclament en choeur: « Ce n’est pas une réunion qu’il nous faut, mais bien une association! » Il n’en fallait pas plus pour que l’idée germe et fasse son chemin jusqu’à la première assemblée générale, qui s’est tenue le 13 juin 1980 à l’Université du Québec à Montréal.

Fondée sous le nom d’Association pour l’avancement de la recherche en musique du Québec (ARMuQ), la Société québécoise de recherche en musique (SQRM) a indéniablement contribué depuis plus de 40 ans à l’avancement des connaissances musicales dans le milieu de la recherche en musique. À l’époque de sa fondation, l’ARMuQ s’était donnée pour mission de promouvoir les activités de recherche en musicologie laquelle était alors une nouvelle discipline universitaire au Québec. Soulignons aussi que, dès sa création, l’importance de la conservation du patrimoine musical québécois animait la communauté des chercheur(-euse)s dans ce domaine.  

Le besoin d’un Répertoire des données musicales  

L’un des tout premiers projets de l’ARMuQ a d’ailleurs été de voir à la création d’un Répertoire des données musicales sous la direction de l’illustre historien musicologue Lucien Poirier. 

À l’aube des années 1980, relativement peu de travaux avaient été publiés sur l’histoire de la musique au Québec. En musique classique, on se référait surtout aux ouvrages de synthèse incomplets d’Helmut Kallmann (1960) et de Willy Amtmann (1974). Le folklore et les danses traditionnelles étaient un peu mieux servis avec les premiers travaux de Conrad Laforte (1981) ou de Simonne Voyer (1984)[1986], mais beaucoup restait à faire. Pour la chanson populaire, quelques artistes comme Madame Bolduc, Félix Leclerc et Gilles Vigneault avaient déjà fait l’objet de livres, mais les synthèses laissaient à désirer par leur manque d’approfondissement et leur parti pris en faveur des grands chansonniers (L’Herbier 1974, Roy 1977, Millière 1978). 

Sur le terrain, l’organisation des archives de la division de la musique à la Bibliothèque nationale du Canada en était à ses balbutiements. Par ailleurs, l’Association pour l’avancement de la recherche en musique au Québec (ARMuQ) — ancêtre de la Société québécoise de recherche en musique (SQRM) — venait de voir le jour avec le projet de faire l’inventaire des archives musicales accessibles et des sources de financement potentielles.”i (Luc Bellemare, Mnemo, 2011) 

Monsieur Poirier avait saisi que toute analyse en profondeur des connaissances sur la vie musicale au Québec nécessitait une recherche et analyse systématiques des journaux et périodiques publiés au Québec depuis les origines. Le projet de Répertoire des données musicales a donc été initié vers 1981. Faisant face à l’envergure de ce dernier, Lucien Poirier s’est joint à Juliette Bourassa-Trépanier pour diriger ce projet d’inventaire et d’étude des données musicales de la presse québécoise. Ils ont élaboré ensemble un dossier qui a été financé par le Gouvernement du Canada (CRSH), le Gouvernement du Québec (FCAR) et l’Université Laval, ce qui leur a permis d’engager une quinzaine d’auxiliaires pour le dépouillement des sources. Les résultats figurent dans le Répertoire des données musicales de la presse québécoise dont le premier d’une série de six volumes est paru à Québec en 1990. 

Soulignons ici que Madame Juliette Bourassa-Trépanier a notamment été chargée du cours d’histoire de la musique canadienne qu’elle a inauguré à l’Université Laval à partir de 1971 et elle fait partie des membres fondateurs de l’ARMuQ. De 1977 à 1980, elle a collaboré à l’inventaire des archives du Séminaire de Québec dirigé par Claude Beaudry (également membre fondateur de l’ARMuQ). 

Mais pourquoi avoir créé l’ARMuQ si la recherche en musique existait déjà à l’intérieur des institutions universitaires? 

Comme l’a si bien décrit Lucien Poirier dans son article Style canadien de musique: mirage et réalité publié dans les Cahiers de l’ARMuQ No 3,  

Il convient cependant d’ajouter que si le plus grand nombre des activités énumérées se déroulent à l’intérieur d’un cadre universitaire, en raison des conditions particulièrement favorables réservées à la recherche fondamentale, certains projets se développent parallèlement — c’est le cas du projet de publication du Catalogue des œuvres d’Antoine Dessane par Diane cloutier et moi-même — ou revêtent un caractère spécifiquement interinstitutionnel. C’est le cas, par exemple, d’un projet nouvellement mis sur pied à Québec auquel travaillent mesdames Juliette Bourassa-Trépanier et Irène Brisson, et messieurs Armando Santiago, Guy Marcoux, Claude Beaudry et moi-même, projet qui consiste à marquer le centenaire de la naissance du compositeur Léo Roy (né en 1887) par un ensemble de manifestations comprenant des concerts et enregistrements d’œuvres, l’édition d’œuvres musicales importantes et la publication d’études centrées tout autant sur les écrits et la correspondance du musicien que sur sa musique et son style, sans oublier un catalogue complet des œuvres musicales dont M. Beaudry a la charge 

En conclusion, je voudrais signaler que même si tous ces projets répondent à un besoin bien défini, même s’ils sont menés avec détermination et une méthode appropriée, même si le fruit des recherches se greffe à un support matériel auquel il est destiné, il n’en reste pas moins qu’une tribune, on pense ici tout naturellement à l’ARMUQ, sera à prévoir. À titre de chercheurs, j’attends moins d’une telle association un rôle de régie que de sensibilisation et surtout de diffusion de la recherche scientifique. Je ne connais personne qui, traité avec le minimum d’égards, n’accepterait pas de profiter des avantages offerts par un tel organisme.” 

En effet, la raison d’être de l’ARMuQ était d’offrir une tribune plus large aux chercheurs et en particulier à ceux qui ne pouvaient s’offrir le luxe d’effectuer leurs recherches dans le cadre universitaire. La plupart des membres fondateurs sont d’ailleurs des chercheurs indépendants (Louise Bail-Milot, Irène Brisson, etc.) 

Les membres

Au bout de dix ans, l’association comptait plus d’une centaine de membres recrutés parmi les archivistes, bibliothécaires, compositeurs, étudiants, historiens, interprètes, musicologues et professeurs, non seulement du Québec, mais aussi de la Nouvelle-Écosse et de l’Ontario. Certaines corporations avaient aussi joint les rangs de l’ARMuQ tels la Société Radio-Canada, le Centre de musique canadienne, l’Encyclopédie de la musique au Canada et la Bibliothèque nationale du Québec. 

L’organisme compte parmi ses membres fondateurs des chercheurs réputés qui ont grandement influencés l’histoire musicale québécoise. On y retrouve notamment Maryvonne Kendergi (1915-2011), la première présidente de l’ARMuQ et figure emblématique de l’évolution de la culture musicale contemporaine; Marie-Thérèse Lefebvre, musicologue, professeure émérite et associée à la Faculté de musique de l’Université de Montréal et responsable de recherches en musique canadienne; Élizabeth Gallat-Morin, musicologue et claveciniste spécialiste de la pratique musicale en Nouvelle-France; et John Beckwith (1927-2022), compositeur, pianiste, professeur et fondateur de l’Institut canadien de musique.  

En 1980, mes étudiantes – parce qu'il n'y avait que des filles – m'ont demandé de les soutenir dans la promotion d'une nouvelle association en m'offrant d'en devenir la première présidente. L'Association pour l'avancement de la recherche en musique du Québec (ARMuQ), devenue depuis quelques années la SQRM, venait d'être fondée par Irène Brisson, à Québec, et Louise Bail, à Montréal, à l'instigation de Mireille Gagné et avec l'aide de France Malouin, Christiane Plamondon, Lucie Cliche et d'autres parmi les sept signataires de la charte, pour promouvoir les activités de recherche en musicologie, nouvelle discipline universitaire au Québec

La diffusion de la recherche scientifique: les colloques, la naissance des Cahiers et les projets spéciaux

Dans ses règlements généraux, l’ARMuQ s’était donnée comme mission de favoriser le développement de la recherche en musique du Québec au moyen d’activités propres à permettre l’échange entre ses membres. Pour répondre à ce mandat, l’ARMuQ s’est lancée dans l’organisation d’un colloque annuel dès 1982 où prend place, entre autres, conférences, concerts et expositions. 

En 1983, l’Association fonde les Cahiers de l’ARMuQ qui diffusent principalement les actes des colloques. Le contenu de ces derniers démontrent bien la diversification des intérêts des membres de l’ARMuQ: la musique à l’église, les femmes et la musique, le nationalisme, les archives musicales, les figures importantes, les institutions, l’éducation musicale. Par conséquent, ces publications enrichissaient alors grandement la documentation spécialisée sur la musique du Québec. 

Outre la publication des actes de ses colloques, l’ARMuQ favorisaient aussi la création de projets spéciaux. Le Cahier #9 fut entre autres entièrement consacré au Catalogue collectif des archives musicales au Québec. Cet ouvrage consiste en un inventaire des fonds musicaux disponibles dans les divers dépôts d’archives de la province.

Les Cahiers de la Société québécoise de recherche en musique: Volume 17, numéro 2, 2016 S'affirmer, s'exprimer, s'engager